Les violences conjugales touchent aussi les hommes, mais leur parcours pour obtenir de l’aide reste semé d’embûches. Une enquête récente révèle les difficultés spécifiques rencontrées par les pères victimes, souvent ignorées par les services d’accompagnement et la société. Ces hommes doivent affronter des obstacles liés à leur identité masculine et à leur rôle de père, ce qui retarde leur demande d’aide et aggrave les conséquences pour leurs enfants.
Accepter d’être une victime n’est pas simple pour ces pères. Les stéréotypes sur la masculinité, qui associent l’homme à la force et au contrôle, les poussent à minimiser ou à nier les violences subies. Certains ne réalisent l’ampleur de la situation qu’après la séparation, quand ils prennent du recul. Les professionnels, influencés par ces mêmes préjugés, peinent parfois à les reconnaître comme victimes. Certains pères se voient même traités comme des agresseurs, ce qui renforce leur méfiance envers les institutions.
Leur statut de père complique encore les choses. Beaucoup craignent de perdre le contact avec leurs enfants si ils parlent. Les mères, souvent perçues comme les figures protectrices principales, peuvent utiliser cette position pour menacer de limiter les visites ou de faire de fausses accusations. Ces pressions les maintiennent dans des relations toxiques plus longtemps, prolongeant l’exposition de leurs enfants à un environnement violent.
Les enfants paient un lourd tribut. Témoins de conflits, de manipulations ou de ruptures brutales, ils développent des troubles du comportement, des idées noires, voire des actes d’automutilation. Les pères, conscients de ces souffrances, cherchent désespérément des solutions. Pourtant, les services d’aide, conçus avant tout pour les mères, leur ferment souvent la porte. Les rares structures accessibles manquent de moyens ou les orientent vers des programmes inadaptés.
Les pères interrogés soulignent l’urgence d’avoir des espaces dédiés, où ils pourraient être écoutés sans jugement. Ils réclament aussi un soutien psychologique pour leurs enfants, afin de les aider à surmonter les traumatismes. Certains ont trouvé des professionnels bienveillants, mais ces initiatives restent isolées et insuffisantes.
La séparation n’est pas toujours une échappatoire. Certains pères décrivent une violence qui se poursuit par d’autres moyens : harcèlement judiciaire, tentative d’éloignement des enfants, ou utilisation des tribunaux pour prolonger la souffrance. Ces situations, qualifiées de « violences post-séparation », sont particulièrement destructrices pour les enfants, ballottés entre deux parents en conflit.
Les services sociaux et les écoles, mal formés à ces réalités, minimisent parfois les besoins des enfants. Les pères se retrouvent seuls pour gérer des crises familiales complexes, sans outils ni soutien extérieur. Leur combat pour protéger leurs enfants se heurte à un système qui peine à les reconnaître comme des figures parentales à part entière.
Cette enquête montre que les violences conjugales ne connaissent pas de genre. Les pères victimes et leurs enfants ont besoin de solutions adaptées, qui tiennent compte de leurs spécificités. Sans cela, leur isolement et leur détresse risquent de perdurer, avec des conséquences durables sur leur santé et celle de leurs enfants.
Sources d’information
Référence originale
DOI : https://doi.org/10.1007/s10896-026-01063-8
Titre : Fathers’ Experiences of Help-seeking and Support Needs for Themselves and their Children Following Domestic Violence and Abuse: A Qualitative Study
Revue : Journal of Family Violence
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Bethan Pell; Emma Howarth; Loraine Bacchus; Kelly Buckley; Anne-Marie Burn; Rhiannon Evans; Graham Moore